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Didier-ALLOUISUn stage national dirigé par Didier ALLOUIS, 6e Dan Aikikai, se déroulera du 3 au 10 novembre 2012 au dojo d'Erima.

Pour plus d'information sur l'inscription et le déroulement de ce stage, téléchargez les documents ci-dessous.

 - Planning du stage

- Inscription au stage

Dans le même ordre d'idée, vous pouvez télécharger la dernière version du programme des stages de la F.P.A. pour la saison 2012 - 2013.

 - Saison 2012 - 2013 F.P.A.

 Vous pouvez bien sur retrouver tous ces documents dans la section téléchargement du site dans la rubrique Documents F.P.A.

Quand est-ce que l’aïkido n’est pas de l’aïkido ?

par David Lynch

Traduction française: Mireille Esvan

 

toheiLes arguments à propos de “l’efficacité martiale” de l’aïkido sont un aspect à la mode des bulletins sur Internet.

Malheureusement, beaucoup de ces textes font preuve d’une ignorance abyssale des prémisses sur lesquelles cet art fut fondé, en faisant des comparaisons avec les autres systèmes de combat.

L’aïkido n’est pas une méthode de combat, mais une voie pour ne pas combattre, conçue non pour protéger ou mettre en valeur l’ego, mais avec en puissance l’idée de l’éradiquer. Sa valeur tient dans le fait de promouvoir des qualités diamétralement opposées à celles prônées pour servir “dans la rue”.

En ce qui me concerne, le jour où j’aurai à faire face à une situation de vie ou de mort viendra bien assez tôt pour prouver l’efficacité, ou autre, de mon aïkido. Je n’ai jamais eu à me servir des techniques physiques en dehors du dojo en 40 ans de pratique, je ne vais donc pas perdre le sommeil avec ça.

Bien sûr on devrait s’efforcer de s’améliorer, et c’est toujours un défi d’essayer de réaliser les techniques avec un peu plus de douceur et d’élan, mais quel est l’intérêt de délirer sur les insuffisances de l’aïkido par rapport au kickboxing, la lutte ou le combat de rue ? Il y a déjà assez à faire avec l’aïkido tel qu’il est, sans avoir recours aux entraînements comparatifs, ou s’inquiéter de savoir quelles écoles ont perdu du terrain ou nous ont laissé avec des versions édulcorées ou inefficaces.

Il y a seulement tellement à apprendre des autres de toute façon, que vous ne pouvez pas vous en prendre au système pour vos propres défauts.

 STAGE D’AIKIDO

DIRIGE PAR MICHEL PROUVEZE DU 18 AU 28 OCTOBRE 2014

« EN SOUVENIR DE JEAN-YVES LE VOURC’H, SHIHAN 7ème DAN »

Maître Michel PROUVEZE, 6ème dan Aikikai, Chargé d’Enseignement National de la Fédération Française d’Aikido et de Budo, dirige actuellement un stage de 10 jours, à l’invitation de la Fédération Polynésienne d’Aikido

D’emblée, Me PROUVEZE a placé son enseignement dans le souvenir de son grand ami, Me Jean-Yves LE VOURC’H Shihan, disparu accidentellement en 2009. 

StageMP

Remise de diplômes par la Fédération Polynésienne d'Aïkido

Samedi 07 septembre 2013, à l’issue du premier stage interclubs de la saison qui s’est tenu au dojo de Erima - Arue, la Fédération Polynésienne d'Aïkido (F.P.A.) remettait à cinq de ses enseignants leur tout nouveau Diplôme d'Etat.

Une réforme nationale fait évoluer les Brevets d'Etat d'Educateur Sportif (BEES) que détenaient ces professeurs vers d'autres diplômes d'enseignement comme le DEJEPS (Diplôme d'Etat de la Jeunesse, de l'Education populaire et du Sport) qui a donc été décerné à :

René CHANSIN, 6ème Dan, (club de Vaitavatava - Papeete) Patrick COJAN, 5ème Dan, (club de Erima - Arue) Michel SHAN, 4ème Dan, (club de Erima - Arue) Frédéric BOUSQUET, 4ème Dan (club de Tamanu - Punaauia) Julien FAMIBELLE, 3ème Dan (club d'Uturoa - Raiatea).

L'obtention de ce diplôme D.E.J.E.P.S. spécialité perfectionnement sportif, mention Aïkido, Aïkibudo et disciplines associées est le résultat de nombreuses heures de travail personnel, d'enseignement, d'encadrement dans les clubs. Il est le garant d'une formation théorique et pratique solides.

2013 09 07 FPA Remise-DEJEPS Web

Sur la photo de droite à gauche : René CHANSIN, Frédéric BOUSQUET, Patrick COJAN

Absents : Michel SHAN pour raisons professionnelles et Thomas Famibelle pour un engagement auprès d’une autre activité associative.

Mais tous ces professeurs ne se reposent pas sur leurs lauriers et n'hésitent pas à se perfectionner toujours et encore en participant à des stages internationaux dans les différents pays ou des stages animés par des enseignant haut gradés venus de France ou du Japon et que la FPA invite chaque année sur le territoire.
Ainsi, en Octobre-Novembre  prochain, la F.P.A accueillera Michel Gillet, 7ème Dan, Shihan et vice-Président de la Fédération Française d'Aïkido et de Budo.

La FPA invite tous ceux qui s'intéressent aux Budo, voies martiales japonaises, à se rapprocher des clubs de Tahiti, Moorea ou Raiatea pour venir assister à un cours ou faire une séance d'essai.

Informations sur www.aikido-tahiti.net ou par téléphone au 89 73 69 99 (Patrick) -  87 77 07 68 (Takaria).

Stage d'Aïkido - LESNEVEN - Juillet 2013

Michel SHAN et Gilbert VACARESLe stage international d’AIKIDO de Lesneven de cette année s’est déroulé du 13 au 21 juillet 2013 par un beau temps exceptionnel de Bretagne.

Ce stage intense, à raison de 6 heures par jour, a réuni plus de 300 personnes venant de différents pays (Allemagne, Angleterre, Belgique, Suisse, Israël, Venezuela, Maroc, Polynésie française, etc…) et de régions de la France.

Il a été animé par les Sensei YAMADA 8ème Dan (U.S.A.), FUKAKUSA 8ème Dan (Thaïlande), HARAI et FUNAKOSHI (Japon) ainsi que les Chargés d’Enseignement National de la Fédération Française d’Aikido et de Budo.

Gilbert et moi-même avons eu le plaisir de bénéficier de l’enseignement de qualité dispensé par chacun de ces maîtres.

Différentes formes de travail sur les techniques de base et leurs variantes ont été proposées. Une sensibilisation sur certains thèmes a été effectuée par chaque maître.

Sensei FUKAKUSA a mis l’accent sur l’aspect martial de l’Aikido en soulignant la possibilité de donner des coups (atemi) sur certaines situations tout en étant en protection par rapport à une éventuelle frappe de l’adversaire. Il nous a enseigné également différentes entrées possibles sur certaines attaques, en adoptant une variété de déplacements et en faisant un parallèle avec le travail au bokken (sabre en bois).

Sensei YAMADA nous a sensibilisés sur l’attitude mentale à adopter face à une attaque. L’idée est de ne pas subir celle-ci en imaginant que l’on coupe l’adversaire avec un bokken. Son travail est reconnaissable par l’exécution de mouvements amples.

Sensei HARAI nous a proposé un travail souple et fluide basé sur plusieurs exemples d’enchainements de techniques de base, similaire à celui de Sensei YAMAGUCHI.

Certains principes tels que le placement, le centrage, l’extension ont été abordés par Sensei FUNAKOSHI et les CEN de la FFAB.

Les échanges sur le tatami avec les différents pratiquants ont été très enrichissants et nous ont permis de découvrir diverses méthodes de travail.

Ce fût un stage très fructueux aussi bien sur le plan humain que technique.

Je remercie les membres du Bureau Fédéral de la Fédération Polynésienne d’Aikido de m’avoir permis de vivre cette expérience inoubliable.

Michel SHAN - 4ème Dan Aïkikai - DEJEPS

Stage Lesneven juillet 2013

Maître MIMURO Atsushi: l'Aïkido du Cœur

MIMUROTous les deux ans, la venue de Maître MIMURO Atsushi est un évènement pour tous les fans d'Aïkido. A la première séance du stage, déjà plus de quarante pratiquants, gradés ou non, anciens ou néophytes, jeunes et séniors, sont sur les tatamis, prêts à suivre un séminaire d'une semaine au Dojo Fédéral d'Erima.

Pourquoi cet engouement pour ce jeune Maître Japonais de 57 ans, 6ème Dan de l'Aïkikaï de Tokyo ? C'est son 6ème voyage en Polynésie et pourtant, c'est le même enchantement devant l'élégance du geste, la facilité apparente et sans heurt pour contrôler le partenaire.

 

MIMURO 2013

Ce dernier éprouve une forme de puissance qui l'emporte et le fait rouler sans brutalité. Il est neutralisé, rendu inoffensif sans avoir ressenti le moindre mal. Comment est-ce possible ? C'est la magie de l'Aïkido dans son expression la plus achevée.

C'est L'Aïkido du Cœur, où le partenaire ne peut résister à l'harmonisation des Energies, définition même de l'art. C’est pour ressentir ces sensations que tous viennent et reviennent !!! Maître MIMURO a promis de donner un éventail complet de toutes les techniques durant ce stage. Il est accompagné par Katayama, son jeune élève de 28 ans et déjà 3ème Dan.

Après Tahiti, Maître MIMURO passera à Raiatea ou il animera trois entraînements le 25, 26 et 27 mars, puis il sera à Moorea pour le WE pascal.

La presse parle de nous

Fenua Orama du mois d'octobre 2012Dans le numéro du mois d'octobre 2012, le magazine Fenua Orama, mensuel polynésien féminin, à fait une très belle présentation de notre discipline. Patricia et Teta sont à l'honneur dans cet article.

L'aikido y est présenté simplement et avec justesse, l'accent est mis sur une pratique ouverte à tous.

Si vous ne l'avez pas lu, je vous le recommande.

Un grand merci au magazine de nous avoir fourni les pages au format PFD de grande qualité.

Page 1 de l'article Page 2 de l'article

MUSUBU, ketsu, (jap) lier, nouer, attacher, joindre

o musubi : boulette de riz gluante.

 Le dessin de gauche dans le kanji veut dire : fil, celui de droite : bonne chance.

En aïkido c’est d’être attaché, lié avec uke à travers une parti de notre corps.

Le même kanji se trouve aussi dans les mots suivants :

 

    daketsu : accord, entente

    danketsu : unité, solidarité

    kekkon : mariage

    kessoku : union, bloc

    kanketsu : achèvement, accomplissement

L'aikido selon Saito Sensei en 1996

Traduit par Didier

morihiro-saito-tai-no-henkoIl c'est passé vingt-sept ans depuis le décès du fondateur et aujourd'hui de nombreux styles différents d'aïkido existent.

Le résultat est que les enseignants ont appris librement en fonction de leurs moyens individuels de la pensée.

Bien sûr, c'est une belle chose pour les instructeurs d'enseigner en fonction de leurs propres idées.

Cependant, je suis obligé de me sentir un peu mal à l'aise face à une telle situation qui se traduit par une confusion sur la nature de l'aïkido que le fondateur à laborieusement élaboré au cours de sa vie.

La raison est qu'aujourd'hui, dans l'aïkido, il y a ceux qui ne reconnaissent pas la validité des techniques d'armes employant l'aiki ken et l'aiki jo. Par ailleurs, il en est dont l'aïkido techniques sont très différentes de celles du fondateur. Il reste peu de traces du génie du fondateur de l'aïkido.

 

Etant un élève direct du fondateur et la personne en charge de son dojo personnel, je ne cesse de me rappeler à ma responsabilité de transmettre fidèlement ses enseignements comme je l'ai fait avec mes élèves.

Morihiro Saito
Ibaragi Dojo, Mars 1996

 

Morihiro Saito, 9ème dan, à été pendant 56 ans l'un des enseignants les plus actif de l'aïkido.

Il était l'un des plus proches élèves du fondateur Ueshiba et à exploité le dojo Ueshiba à Iwama, (Préfecture d'Ibaragi) tout en servant de gardien au sanctuaire de l'Aikido.

Saito était bien connu au niveau international en raison de ses nombreux ouvrages techniques et pédagogiques et de ses fréquentes visites qui l'ont conduit dans plus de vingt pays.

Un retour aux sources avec Maitre Michel GILLET

Michel Gillet, maître d’Aïkido, 6ème dan, va diriger du 7 au 12 novembre (18H – 20H) un stage au bénéfice des membres de la Fédération Polynésienne d’Aïkido dans le beau Dojo fédéral d’Erima.

Nourri lui–même aux sources que sont les élèves directs du fondateur O’Senseï Morihei UESHIBA et en particulier les Maîtres Nakazono, Noro et surtout, Tamura, Michel Gillet va apporter aux pratiquants locaux la quintessence de sa compréhension de l’art.

Déjà arrivé en Polynésie, Maître Gillet a tenu à pratiquer dans tous les Dojos de la fédération avant le stage de la semaine prochaine. Le week-end dernier, il était à Raiatea, lundi au Budokan de Pirae, mercredi à Takemusu Aikido à Taravao, jeudi à l’Aïkikaï de Punnauia où un hommage sera rendu à Maître André Pithon récemment disparu, samedi à Moorea et le 13 novembre à Vaitavatava. Maître Michel Gillet ne ménage pas ses efforts pour diffuser partout sa passion sur les tatamis et dans les plus hautes instances dirigeantes. Qu’on en juge par la brève biographie.

Il a tenu à montrer la Polynésie à son épouse, Nadine qui l’accompagne dans son périple.

Venu en  tant que VAT au camp d’Arue en 1968, il revient pour la deuxième fois en mars 2008 pour conduire un stage d’Aïkido.

Il devient à la demande de la Fédération Polynésienne son représentant auprès de la Fédération Française. Le stage de la semaine prochaine sera l’occasion de vérifier le niveau et la progression des pratiquants, de donner les conseils pédagogiques utiles aux instructeurs et de présider un passage de grades très attendu par  des candidats qui se sont préparés depuis de longs mois à l’examen : un au 4ème dan, deux au 2ème dan et huit au 1er dan.

Nul doute que chacun aura à cœur de montrer le meilleur de lui-même face à Maître Michel Gillet.

Le processus de la diversification

parStanley PraninFrom JapaneseWushuMagazine

Traduction française: Jacques Renaud

Le processus de la diversification technique a commencé en aïkido avant même le décès de son fondateur, Morihei Ueshiba. Parmi les tendances répandues en aikido aujourd’hui il existe l’approche soulignant l’aspect circulaire et le ki, les techniques de ki no nagare, de Doshu Kisshomaru Ueshiba du Hombu dojo de l’Aikikai, la prétendue école de modèle “dur” du Yoshinkan Aikido de Gozo Shioda Sensei, l’emphase sur le concept du “ki” de Shinshin Toitsu Aikido développée par Koichi Tohei Sensei, le système éclectique de Minoru Mochizuki Sensei du Yoseikan Aikido, et le système d’aikido sportif qui inclut la compétition conçu par Kenji Tomiki Shihan.

À ces derniers doit être ajouté le programme d’études technique unifié formulé par Morihiro Saito Shihan, L’approche de Saito Sensei soumet que la corrélation entre le taijutsu et le bukiwaza (l’aiki ken et l’aiki jo) est devenue une norme de fait pour beaucoup de pratiquants d’aikido dans le monde. Ceci est dû en grande partie au succès de ses nombreux livres sur les techniques d’aikido et ses nombreux voyages à l’étranger.

Introduction à l’aïkido

Morihiro Saito était un jeune homme maigre et dépressif de 18 ans quand il a rencontré Morihei Ueshiba pour la première fois à Iwama en juillet 1946. C’était peu de temps après la fin de la seconde guerre mondiale et la pratique des arts martiaux avait été interdite par le GHQ. Le fondateur s’était officiellement retiré à Iwama durant plusieurs années, bien qu’en réalité il ait toujours continué sa formation et la méditation intensives dans cet environnement reculé. En effet, durant ces années d’Iwama, pendant et après la deuxième guerre mondiale, Morihei Ueshiba perfectionna l’aikido moderne.

Parmi la poignée d’uchideshi de ces années difficiles on trouve Kisshomaru Ueshiba, Koichi Tohei et Tadashi Abe. Le jeune Saito a reçu peu d’encouragement au départ et a dû supporter silencieusement une formation intensive et souvent douloureuse. Saito Sensei se rappelle des jours où la pratique en suwariwaza sans fin sur le plancher de bois dur du dojo lui laissait les genoux en sang et infectés. Ces mauvais souvenirs en tant que nouveau venu dans le dojo, il arrive enfin à les surmonter grâce à l’enseignement des innombrables et vigoureuses techniques appréciées par le sempai Koichi Tohei et par Tadashi Abe.

Formation auprès du fondateur

Cependant, petit à petit, sa ténacité a payé et en quelques courtes années Saito Sensei est devenue l’un des soutiens principaux du dojo du fondateur. Il a bénéficier d’avantages de la part des chemins de fer nationaux du Japon afin de passer plus de temps aux côtés de son professeur. En plus des heures qu’il passait dans le dojo, Saito Sensei aidait le fondateur dans tous les moments de sa vie quotidienne dont de nombreuses corvées et du travail à la ferme. Bien que Morihei Ueshiba, son mentor exigeant, ait exigé ce travail, sa récompense était l’occasion unique de suivre la formation du fondateur, et en particulier dans la pratique de l’aiki ken et de l’aiki jo durant environ 15 années. Morihei Ueshiba s’exercerait habituellement aux armes très tôt le matin , lorsque même les étudiants réguliers ne pouvaient pas être présents. Ainsi, ce fut partiellement grâce à son talent inné des arts martiaux, à sa persévérance et partiellement grâce à son programme flexible de travail que Morihiro Saito reçut l’enseignement technique de Morihei Ueshiba.

Vers la fin des années 50, Saito Sensei était devenu le shihan, centre énergétique, dans le système Aikikai, enseignant régulièrement au dojo d’Iwama en l’absence d’Ueshiba. D’ailleurs, il a commencé à enseigner en 1961, chaque semaine au Hombu dojo de l’Aikikai de Tokyo. Il était le seul professeur, sans compter le fondateur lui-même, autorisé à y enseigner l’Aiki bukiwaza. Ses cours étaient très populaires et beaucoup d’étudiants de Tokyo se réunissaient le dimanche matins pour pratiquer le taijutsu, l’aiki ken et l’aiki jo. Lorsque le fondateur décéda, en avril 1969, Saito Sensei est devenu dojo-cho-cho du dojo d’Iwama et également le gardien de l’Aiki Jinja que Morihei Ueshiba avait construit tout proche.

Publication des manuels techniques et voyages à l’étranger.

C’est la publication en 1973 du premier ouvrage de ce qui allait devenir une collection de cinq volumes de livres techniques japonais/anglais qui a établi la réputation de Saito Sensei en tant que premier technicien parmi les shihan de l’aikido. Ces volumes contiennent des centaines de techniques d’aiki comprenant le taijutsu, l’aiki ken, l’aiki jo et les kaeshiwaza (techniques de contre). Ces manuels techniques présentent un système et une nomenclature exhaustive de classification des techniques de l’aikido. En outre, des films d’enseignement ont été offerts pour compléter les livres et ont été reçus avec enthousiasme.

En 1974, Saito Sensei, fit son premier voyage d’enseignement hors du Japon aux États-Unis. J’était présent à ses conférences du nord de la Californie et je me rappelle de la stupéfaction des participants face à sa connaissance encyclopédique des techniques d’aikido. Ceci couplé à sa méthode d’enseignement claire, remplie de nombreux gestes, a rendu les services d’un interprète presque inutile. Saito Sensei a voyagé hors du Japon plus de 40 fois durant ces années d’enseignement et a reçu bien plus d’invitations que son temps et son énergies ne pouvaient en donner.

Iwama : La source pour les pratiquants étrangers

La popularité de ses livres et ses longs voyages hors du Japon ont eu comme conséquence que le dojo d’Iwama est devenu la source pour les étudiants étrangers d’aikido souhaitant s’exercer intensivement et acquérir l’expérience de l’utilisation de l’aiki ken et de l’aiki jo. Au cours des années, des centaines d’aikidoka sont venus de l’étranger et bien souvent, les pratiquants non japonais dépassent leurs homologues japonaises au dojo d’Iwama. Peut-être que le secret du succès de Morihiro Saito Sensei, pour les fervents pratiquants non japonais, est son approche unique de l’art qui est un savant mélange de tradition et d’innovation. D’une part, il est totalement traditionnaliste et enclin à préserver intact l’héritage des techniques léguées par le fondateur ; c’est-à-dire, Saito Sensei se doit de donner une continuité permettant aux pratiquants actuels de comprendre les origines de l’aikido. D’autre part, il a démontré une créativité considérable en recenssant et en classifiant les riches connaissances techniques transmise par Morihei Ueshiba afin d’indiquer sa logique interne et faciliter sa transmission à de futures générations. La clarté de ses méthodes d’instructions a été considérablement reconnue à l’étranger.

Le système d’homologation de l’Aiki ken et de l’Aiki jo

Saito Sensei a récemment énoncé un système d’homologation pour la certification des instructeurs de l’aiki ken et de l’aiki jo serait attribué par le manuscrit traditionnel mokuroku à ceux qui ont démontré certains niveaux de compétence dans le bukiwaza. Séparé du système d’évaluation dan, le but du programme est de préserver les techniques de ken et de jo développées par le fondateur qui sont étroitement liées et inséparables du taijutsu d’aiki. Le makimono incluent les noms et les descriptions détaillées des techniques d’armes d’aiki et développé d’après le type traditionnel mokuroku attribué avant l’introduction du système de grades dan. Cette méthode de certification est peu commune parmi les budos modernes et sera assurément suivie avec un grand intérêt par la communauté des arts martiaux.

Aujourd’hui Morihiro Saito Sensei continue un programme conséquent, enseignant des cours du matin consacrés à l’aiki ken et à l’aiki jo, et la pratique générale en soirées où il enseigne des techniques de taijutsu. En outre, de nombreuses conférences sont tenues tous les ans au dojo d’Iwama, une pratique qui a commencé lorsque le fondateur vivait encore. Il rectifie sans interruption sa technique et conçoit de nouvelles routines de formation pour rendre ses méthodes d’enseignement plus efficaces.

Dans le monde de l’aikido d’aujourd’hui, il y a une tendance toujours croissante à considérer l’art principalement comme un “système de santé” et l’efficacité les techniques d’aiki comme presque sans importance. Dans ce contexte, la puissance et l’excellence des présentations techniques de Morihiro Saito Sensei hors du Japon, est un grand soulagement et est dues à ses efforts et aux efforts de quelques autres, l’aikido peut néanmoins fièrement revendiquer le droit d’être considéré comme un vrai budo .

StanleyPranin
Tokyo, 23 mai 1989

Funérail de Robert Hiroshi Aoyagi senseï

Deces_AoyagiSuite au soutien apporté à la famille de Aoyagi Sensei par la F.P.A, voici les remerciements de son épouse à tous les aïkidokas de Polynésie.

 

Funérail de Robert Hiroshi Aoyagi senseï

RemerciementsSuite au soutien apporté à la famille de Aoyagi Sensei par la F.P.A, voici les remerciements de son épouse à tous les aïkidokas de Polynésie.

 

Vi Lettre Aoyagi

Hommages à Maître Robert H. AOYAGI
Robert H. Aoyagi Shihan
 
Au moment où la Polynésie célèbre « Matari’i i ni’a », la Fédération Polynésienne d’Aïkido pleure son  « grand-père » Hawaiien : Maître Robert Hiroshi AOYAGI, 7ème Dan, Shihan, Chef Instructeur de « Aïkido of Honolulu ».
Il s’est éteint le 16 novembre 2010, à l’âge de 90 ans après plus de 50 années de pratique dans ce Dojo historique de Waialae Avenue, inauguré en 1961 par Morihei UESHIBA O’Sensei, fondateur de l’Aïkido
Maître R.AOYAGI s’est impliqué avec beaucoup de rigueur, mais une très grande simplicité, une générosité hors du commun et bienveillante attention dans le développement de l’Aïkido en Polynésie française.
Entre 1990 à 2000, il est venu cinq fois à Tahiti, nous faire bénéficier de son enseignement à titre bénévole. Grâce à lui, le niveau technique de l’Aïkido polynésien s’est amélioré considérablement.
Il a accueilli les délégations tahitiennes à l’occasion de deux manifestations exceptionnelles à Honolulu :
­ En 1991, pour le 30ème anniversaire de son Dojoavec la venue de  Kisshomaru UESHIBA et de Maître prestigieux,
­ En 1993, pour le stage dirigé par Maïtre  Nobuyoshi TAMURA , 8ème dan, directeur technique de la Fédération Française d’Aïkido et de Budo.
C’est dans ce lieu empli de « Ki » (d’Energie) qu’en février 2008, une délégation polynésienne s’est entraînée sous sa direction.
Maître R.AOYAGI qui pressentait peut-être que nous nous reverrions plus, offrit son  « jo » personnel (bâton long d’entraînement) qui était exposé au kamiza (autel shinto) au Président de la délégation (Patrick COJAN), devant  ce geste symbolique Maitre IRIE envoyé par l’Aïkikaï de Tokyo s’exclama « It’s wonderful », soulignant ainsi les liens privilégiés établis avec les aïkidokas hawaïens.
En signe de notre profonde amitié et de notre reconnaissance pour l’enseignement reçu, la Fédération Polynésienne d’Aïkido rend hommage à Maître Robert Hiroshi AOYAGI, 7ème Dan, Shihan, qui restera un des piliers dans la construction de l’Aïkido polynésien et dans le cœur de tous ceux et celles qui l’ont connu.

Interview de Tamura N. Senseï

Jeudi 27 septembre 2007

Tamura Nobuyoshi est 8ème dan de l’Aïkikaï de Tokyo. Proche disciple de Moriheï Ueshiba, fondateur de l’Aïkido, il vit en France depuis 43 ans et enseigne à travers le monde.


Maitre TAMURALe sourire bienveillant et la frêle silhouette de maître Tamura sont connus des pratiquants du monde entier. De même que le regard d’aigle et l’extraordinaire virtuosité technique dont il fait preuve dès qu’il pratique.

 

L’Aïkido de maître Tamura est rapide, subtil et extrêmement martial. Après plus de cinquante ans de pratique sa technique est si aiguisée que tous les mouvements superficiels ont disparus ne laissant aujourd’hui transparaître que l’essence de son art dans des gestes si subtils qu’ils sont presque invisibles et paraissent magiques au non-initié.
Evitant d’ordinaire les médias maître Tamura nous a accordé une interview exceptionnelle où il nous livre les souvenirs et les réflexions d’une vie de pratique. Rencontre avec un maître de légende au regard acéré mais plein d’humour...

Bonjour senseï. Quelle est la différence entre le Budo et le Bujutsu ?
Au départ les techniques sont nées à la suite de l’analyse de combats victorieux. C’est ainsi qu’ont été créés les premiers kumitachis (enchaînements de sabre à deux). On a découvert que tels mouvements permettaient de faire face à tel type d’attaque. Petit à petit les techniques ont été rassemblées afin de créer un chemin qui pouvait être emprunté par l’entraînement.
Mais bu a un sens différent selon les personnes. Pour certains il s’agit d’un force destructrice, pour d’autres c’est une force de paix.
Jutsu signifie technique et do signifie voie. Etudier un jutsu c’est apprendre une technique qui sert à accomplir un but, dont l’utilisation est une finalité en soi. Etudier un do c’est suivre un chemin vers l’homme qui est en nous. Un chemin que chacun peut emprunter et qui a été créé pour pouvoir être suivi par tous.
C’est cette idée qui est aussi à la base du shintoïsme ou du bouddhisme. Maintenant malheureusement nous sommes souvent loin de cette idée d’origine…
Certains maîtres se réfèrent au zen lorsqu’ils enseignent l’Aïkido, d’autres au shinto. Quelle est votre opinion sur ce sujet ?
Tout cela est vrai.
La culture japonaise s’est forgée dans les dojos. Et on ne peut pas la limiter ou la diviser.
Chaque chose trouve sa place dans un ensemble harmonieux. Lorsque quelqu’un décède un bonze vient pour la cérémonie funéraire, le mariage se fait selon la tradition shinto, etc… Enfin aujourd’hui de plus en plus de jeunes se marient à l’église. (rires) C’est souvent mal compris par les occidentaux qui ne trouvent pas cela sérieux mais au Japon c’est quelque chose de naturel. En naissant un japonais est baigné dans une globalité qui comprend à la fois le zen, le shinto et où rien n’est exclusif.
Si on ne connaît pas l’environnement spirituel du budo on apprend juste une technique de combat. C’est pourquoi jerançais cela devient « entrer » mais cela reste assez vague et il est difficile de s’appuyer sur ce mot pour comprendre la technique. C’est la même chose pour hitoemi, ou sankakuho.
Un japonais comprendra souvent instinctivement ce que signifient ces termes car ils sont associés à des kanjis (idéogrammes) qui ont un champ d’expression à la fois vaste et subtil.Ne vaut-il mieux pas que celui qui veut étudier la littérature anglaise apprenne l’anglais plutôt qu’il se limite aux traductions françaises de Shakespeare ? (rires)
Vous enseignez dans de très nombreux pays, de la France au Japon, des Etats-Unis au Maghreb. Changez-vous votre manière d’enseigner selon l’endroit où vous êtes ?
Chaque pays possède sa propre culture mais tous les élèves essaient de pratiquer l’Aïkido qui est une seule et même voie où que l’on aille. De mon côté j’essaie de présenter les choses sous le jour le plus compréhensible à chacun.
Il n’y a pas tant de différences. J’essaie simplement de répondre aux questions que se posent les pratiquants et de voir les points qui doivent être corrigés. Selon l’endroit ces points varient mais l’essence de l’Aïkido reste la même.Bien sûr il est parfois nécessaire d’expliquer certains détails culturels. Par exemple dans les pays musulmans certains élèves rechignent à faire le salut en seïza. Je leur explique alors qu’il ne s’agit au Japon que d’une forme de salutation, un signe de respect et de gratitude.Récemment dans un stage de hauts gradés (à partir du quatrième dan) une personne restait debout pendant que je donnais des explications assis. Au Japon on prendrait cela pour un défi.
En occident lorsqu’une femme ou un personnage important arrive on se lève. Les personnes les plus importantes sont donc celles qui sont assises. Au Japon c’est le contraire, les personnages importants sont ceux qui sont debout. Ce sont de petites choses mais dont le sens est le contraire et qui peuvent vous donner l’impression que la personne qui vous fait face veut vous offenser alors même que ses intentions sont opposées. Et si elles ne sont pas comprises elles peuvent très facilement être mal interprétées et donner lieu à un incident.
Ce type de malentendu se dissipe dès que les choses sont expliquées. C’est pourquoi je crois qu’il est important de connaître la culture de l’autre.Aujourd’hui la jeunesse japonaise semble se désintéresser de la pratique des voies traditionnelles. Qu’en pensez-vous ?
A mon époque la pratique des arts martiaux était obligatoire des le collège et représentait l’essentiel de notre pratique « sportive » car les cours de gymnastique étaient pour ainsi dire inexistants. Un professeur de sport diplômé qui tournait autour d’une barre fixe impressionnait tout le monde à l’école. (rires) Les jeunes filles pratiquaient le Naginata et les garçons le Judo et le Kendo. C’était donc un environnement naturel pour nous.
Aujourd’hui les jeunes ne connaissent pas le japon d’avant-guerre et son esprit. Des personnages comme le général Nogi et les valeurs qu’il représente leurs sont totalement inconnus. Les voies qui ont été créées pour développer l’homme et préserver les valeurs traditionnelles sont aujourd’hui désuètes à leurs yeux.
Par ailleurs le reigisaho (l’étiquette) qui est le cœur de ces voies perd peu à peu son importance et aujourd’hui pratiquer ces disciplines n’apporte pas plus que de pratiquer la boxe. Le Kendo comme le Judo ne se préoccupent souvent plus que de compétitions et sont devenus des sports.En effet, aujourd’hui au Japon les sports de combats sont beaucoup plus populaires que les voies martiales.
C’est vrai. Dans ces sports que l’on dit sans règles et où l’on autorise à frapper comme ceci ou comme cela il n’y a pourtant pas de véritable danger. La notion de vie et de mort est totalement absente de ces disciplines.
Auparavant un samouraï qui combattait ne serait-ce qu’avec un bokken risquait la mort. Leur shugyo, leur entraînement, les habituait à vivre dans des situations à la frontière entre la vie et la mort et cela fait toute la différence. Aujourd’hui les sportifs sont prêts à tout, allant jusqu’à tricher et se doper pour gagner une médaille. Les jeunes d’aujourd’hui ne pratiquent plus le budo et ils ne savent même pas ce que c’est. Les personnes qui ont créé les budos ont aujourd’hui disparues depuis longtemps et je me demande parfois s’il est encore possible sauver ces voies.
Heureusement il existe aujourd’hui encore quelques personnes telles que maître Kuroda ici et là au Japon qui préservent cet héritage. C’est grâce à ces personnes que ces voies survivront sans doute. Lorsque le Japon est entré dans l’ère Meïji après le bakumatsu les budo avaient aussi presque disparus pendant quelques dizaines d’années. Et à l’époque il n’existait pas de vidéos et très peu d’écrits qui de plus étaient incompréhensibles sans clés.

Quels sont pour vous les points forts et les points faibles de l’Aïkido français ?
C’est une question difficile. La France est un pays à la culture très riche. Les français aiment l’Aïkido et ils ont une âme d’artiste! Mais ils aiment comprendre avec leur tête. Ils savent expliquer des choses que je n’arrive pas à exprimer. Après arriver à les mettre en pratique est une autre chose. (rires)En Aïkido le travail des armes est-il important ?
C’est Osenseï qui a créé l’Aïkido. Et à chaque fois qu’il démontrait l’Aïkido il utilisait les armes. Ce n’est pas à nous, ses disciples et élèves, de décider ou pas si il faut pratiquer les armes. C’est sans doute un travers français de tout questionner. Au Japon on se ferait immédiatement traiter d’idiot si on remettait ce fait en question. (rires)Est-ce qu’Osenseï utilisait les termes Aïkiken ou Aïkijo ?
Il n’utilisait pas de mots particuliers. Il prenait simplement une arme et pratiquait avec.
Il utilisait à l’occasion l’expression shochikubai no ken (le sabre de pin, bambou et prunier). Le pin, matsu, le bambou, take, et le prunier, ume, sont au Japon des symboles de prospérité et de bonheur. Le pin symbolise la longévité et l’endurance car il reste vert durant toute l’année. Ses « feuilles » sont séparées en deux comme le in (yin) et le yo (yang), mais unis et représentent ainsi le concept de musubi (harmonie, lien). Le bambou symbolise à la fois la force et la souplesse et pousse dans un élan plein d’énergie vers le ciel. Quand au prunier il fleurit dans la période la plus froide, la plus hostile des saisons et symbolise les difficultés que l’on arrive à surmonter.
O-senseï ne donnait pas d’explications techniques détaillées mais faisait vivre ces concepts dans sa pratique du sabre.A l’époque nous ne comprenions rien et essayions seulement de reproduire ses gestes, tâchant de voir quels déplacements il faisait, quels gestes ses mains réalisaient. On comprenait encore moins lorsqu’on lui faisait face car on était absorbé dans son énergie et on avait l’impression d’être absorbé !
En regardant on croyait parfois à une mystification. Et à cet instant Osenseï se retournait et vous fixait. Peut-être était-ce simplement parce que nous avions un air coupable au moment où il tournait la tête. (rires) Mais il était très fort pour entendre toutes les conversations et savoir ce qui se passait autour de lui.O-senseï nous disait d’attaquer et on était soudainement frappés ou coupés. Même en le regardant avec toute notre attention on ne comprenait pas comment il avait pu exécuter telle ou telle technique. On essayait mais on se retrouvait toujours à être coupés ! Comme vous étudiez avec des personnes qui ne comprenaient pas il est naturel que vous ne compreniez pas non plus. (rires) J’en suis vraiment désolé.Quelle est l’origine des techniques d’armes de l’Aïkido ?

O-senseï a créé les techniques de ken de l’Aïkido sur la base de sources diverses et de recherches personnelles.
Takeda Sokaku était un combattant redoutable. Il gardait en permanence une canne-épée à son côté depuis que le port du sabre était interdit. Il était maître de Daïto-ryu mais aussi de sabre, notamment de l’école Ono-ha Itto ryu. Il enseignait principalement les techniques de Jujutsu à mains nues mais il devait probablement montrer des techniques d’armes occasionnellement. Mais à cette époque même si on voyait les techniques on ne pouvait pas demander de nous les enseigner.
Par la suite Kisshomaru a étudié le Kashima shinto ryu. La fille de Osenseï fut aussi mariée à Nakakura Kiyoshi, un célèbre pratiquant de Kendo de l’époque qui deviendra un grand maître. Et ses élèves Sugino Yoshio et Mochizuki Minoru étaient aussi pratiquants de Katori shinto ryu.
Qu’ils fussent ses amis ou ses élèves, Osenseï fut entouré tout au long de sa vie d’experts de sabre. Son art est le fruit de ses recherches et de ces rencontres qui lui ont permis d’introduire de nouveaux éléments, de transformer ce qu’il avait étudié en les ajoutant à ses créations personnelles.
Lorsqu’on pratique le budo on voit dans les huit directions et on doit savoir saisir toute chose intéressante qui passe à notre portée. On doit garder les yeux grands ouverts et expérimenter ce qui semble intéressant, gardant le bon et rejetant l’inutile. C’est ainsi qu’il faut vivre.
C’est ainsi que nous avons été éduqués par Osenseï et nous étions en un sens encouragés à étudier, chercher et comprendre par nous-mêmes.Est-ce O-senseï qui a créé les katas tels que Ichi no tachi ?Ce sont des créations de Saïto senseï. Osenseï montrait le ken de shochikubai mais n’enseignait pas de katas tels quels.
Maître Hirokazu Kobayashi qui habitait à Osaka avait une grande expérience du travail des armes car il était un pratiquant avancé de Kendo. Il venait d’une famille aisée et a souvent été otomo (compagnon) du fondateur dans ses voyages. J’accompagnais Osenseï de Tokyo et Kobayashi senseï nous attendait à Osaka. Il nous emmenait dans d’excellents restaurants et j’étais vraiment heureux. (rires) Il m’a raconté qu’il avait souvent aidé Saïto senseï à corriger ce qu’il avait vu des mouvements du fondateur.
A l’époque Osenseï enseignait par la pratique. On l’attaquait et il frappait. Soudain on recevait un coup et il nous disait que c’était évident si l’on faisait ainsi. C’était douloureux mais efficace. Kobayashi senseï avait une grande expérience du sabre et son aide a été utile a beaucoup de disciples notamment Saïto senseï.
Saïto senseï avait le désir de compiler toutes les techniques d’armes. Il a beaucoup aidé Osenseï qui possédait une maison à Iwama. Il était en même temps conducteur de train et cela a dû être très difficile pour lui. Nous on ne travaillait pas et on ne se consacrait qu’à l’entraînement, notre situation était bien plus facile que la sienne. C’était une époque difficile pour beaucoup de monde.O-senseï n’enseignait pas de katas à deux, que ce soit à Iwama ou au Hombu dojo ?

Non. Il n’enseignait pas même Ikkyo ! Parfois quand l’envie lui prenait il donnait une correction, expliquait hitoemi, des choses comme cela. Mais il ne suivait pas de pédagogie au sens scolaire du terme avec des étapes établies. Nous on se demandait pourquoi il n’expliquait pas. (rires) On se disait que sans explications c’était normal que l’on n’y arrive pas.
Mais il voyait les choses dans une perspective beaucoup plus large et plus élevée. Nous étions comme des enfants de maternelle écoutant une discussion d’universitaires et nous disant que nous ne comprenions pas totalement.
Avec le temps on finit par comprendre certaines choses…

Lorsque vous pratiquez vous n’entrechoquez jamais les armes. Est-ce que O-senseï pratiquait aussi ainsi ?

On le voit dans les films. O-senseï n’entrechoquait jamais les armes. Si les armes s’entrechoquent cela signifie que l’on bloque et on ne bloque jamais puisque cela signifie que l’on est coupé.Quel type de bokken utilisait O-senseï ?Saïto senseï a imaginé le bokken épais qui porte le nom d’Iwama. Osenseï utilisait généralement un magnifique bokken en kokutan (ébène) plutôt fin de type Yagyu. J’espérais qu’il me le donnerait un jour jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’il l’avait donné à quelqu’un d’autre ! Il était très généreux et donnait facilement les choses.
Osenseï utilisait sans doute autre chose étant plus jeune mais lorsque j’étais uchi-deshi il n’utilisait généralement que des bokkens légers. Il utilisait ce qui était à portée de main mais son bokken favori était long et fin, de type Yagyu shinkage ou Jiki shinkage.
Sauf pour le tanren où là il utilisait un bokken lourd et épais. Tada senseï l’utilisait facilement d’un bras !
Il y a une célèbre photo d’O-senseï avec une rangée de bokkens derrière lui. C’était ainsi lorsque je suis devenu uchi-deshi. Nous utilisions cette dizaine d’armes posées là.Y a-t-il des points communs entre le Jo de l’Aïkido et celui du Jodo ?
Non, ils sont très différents. Il semble que les techniques de yari soit à l’origine du jo tel qu’on l’utilise en Aïkido. Et c’est vrai que l’on retrouve un peu le même type de mouvements.
En fait Osenseï pratiquait avec les armes comme s’il avait les mains vides et à mains nues comme s’il était armé…Le sabre de l’Aïkido, du Kendo ou du Iaïdo sont-ils différents ?
Techniquement différents ils sont semblables dans leur essence.
Malheureusement aujourd’hui le sabre du kendo ne coupe plus. En compétition il suffit de toucher. Le Kendo a en quelque sorte suivi l’évolution de l’escrime occidentale où l’on peut gagner en touchant un point non vital qui nous aurait exposé à un coup mortel dans un véritable combat. Ces disciplines sont devenues des jeux où l’on ne cherche qu’à toucher le premier.
Le Kendo est la voie qui cherche le plus à préserver la tradition mais la compétition lui a fait perdre son essence de Budo.
Le Judo a aussi perdu son essence qui reposait sur la souplesse. Aujourd’hui les compétiteurs ne connaissent que deux ou trois techniques qu’ils « forcent » même lorsque la situation n’est pas adaptée à ce type de technique. Cela permet de gagner des médailles…
Ces disciplines ont été perdues par la volonté de gagner à tout prix.Osenseï utilisait-il d’autres armes que le jo et le bokken ?Il a longtemps utilisé la lance, la yari. Il y avait d’ailleurs une longue yari au dojo qu’il avait beaucoup utilisée. Il semble qu’au départ il soit devenu célèbre pour sa maîtrise de cette arme avant d’être connu pour ses techniques à mains nues.
Il avait aussi appris le maniement du juken, la baïonnette, à l’armée. On le voit d’ailleurs en faire la démonstration dans un film qui date des années trente.O senseï pratiquait-il aussi le tanto dori ?Je ne l’ai jamais vu faire.
A l’époque les yakuzas se battaient toujours au couteau. Et un bagarreur a un jour demandé comment faire contre des attaques de ce type. Ce sont les sempaïs qui ont développé ce travail. C’était très spectaculaire pour les démonstrations.Est-il plus important qu’un débutant se concentre sur l’acquisition d’une forme juste, les théories qui sous-tendent les techniques ou l’utilisation correcte du corps ?Cela ne doit faire qu’un et même si cela est difficile il faut faire attention à tous ces points dès le début de la pratique.Les techniques doivent-elles être pratiquées en décomposant les mouvements ou en un seul geste ?

Tout le corps doit bouger en harmonie. Un mouvement ne fonctionne pas s’il n’est pas continu. Cela peut sembler simple d’utiliser ses mains et ses pieds ensemble mais c’est une chose très difficile.
Il ne faut pas que la compréhension devienne segmentation. Il ne faut pas que wakaru devienne wakeru. (c’est un jeu de mot où wakaru qui signifie « comprendre » devient wakeru qui signifie « diviser »)
La pensée qui consiste à diviser les choses n’est pas efficace dans notre voie. Si vous désirez apprendre à faire du vélo et que vous divisez les mouvements pour les étudier indépendamment les uns des autres, apprenant d’une part à pédaler, de l’autre à diriger le guidon, et d’autre part encore à freiner, même en travaillant beaucoup vous ne saurez toujours pas faire de vélo ! (rires)
Les techniques d’Aïkido fonctionnent de la même manière. Elles doivent être pratiquées, étudiées et comprises dans leur globalité. Si on les apprend en les décomposant il se produit inévitablement des décalages qui les rendent inapplicables.
C’est une méthode d’apprentissage difficile mais qui n’a pas d’alternative et qu’il faut considérer comme inéluctable. En travaillant ainsi il subsiste bien sûr des décalages au départ mais un jour le corps comprend instinctivement et trouve la solution.La pratique doit-elle passer par les étapes de kotaï, jutaï, etc… ?

Il y a des étapes comme cela. Mais il ne faut pas se tromper sur la signification de ces termes. Les mots français sont précis mais aussi limitatifs. Kotaï se traduit par travail solide mais il est généralement interprété par travail dur. C’est totalement incorrect. Dans ce travail solide la pratique doit être souple. De même que jutaï qui se traduit généralement par travail souple ne doit pas être synonyme de complaisance.
Ce sont des étapes que l’on peut comparer à la calligraphie où l’on apprend d’abord une forme très précise qui est la base avant de passer à un travail plus fluide et épuré.
C’est aussi comme le corps. Au centre se trouvent les os. Puis vient la chair. Mais l’un ne fonctionne pas sans l’autre. Les bases fondamentales doivent donc toujours être présentes même dans le travail en jutaï tandis que la souplesse doit être présente dès le début du travail en kotaï.
Vient ensuite le travail en ryutaï et enfin celui du kitaï où l’on guide le partenaire dès que naît son intention.Le concept d’enseignement traditionnel Shu Ha Ri s’applique-t-il aussi à l’Aïkido ?

Il s’applique à toutes les techniques traditionnelles, que ce soit dans le Chado, la voie du thé, du Kado, l’arrangement floral, etc... Toutes ces voies s’étudient ainsi et passent par ces étapes.
Shu est l’étape où l’on suit scrupuleusement l’enseignement de son maître jusqu’à arriver à reproduire exactement les techniques. Une fois arrivé à ce niveau on essaye de voir ce que tel ou tel changement implique. On sort du moule pour continuer son étude. C’est Ha. Finalement on dépasse les contradictions et le technique devient sienne. C’est Ri.
Mais aujourd’hui les gens veulent commencer par Ri ! (rires) Ils n’arrivent pas à faire comme l’enseignant alors ils cherchent un autre chemin. Ils ne peuvent pas faire une chose alors ils en font une autre. Dans ce cas là mieux vaut faire autre chose dès le départ.
Et si je corrige les gens me disent qu’ils ne peuvent pas le faire, que c’est impossible. Mais il est inutile de faire une chose que l’on peut réaliser facilement. L’étude consiste à essayer de faire quelque chose que l’on ne peut pas ! Il n’y a pas de raccourci.Comment se passait l’apprentissage des chutes (ukemi) à l’Aïkikaï ?

A l’époque à l’Aïkikaï aucun de nous n’a reçu d’enseignement spécifique concernant les ukemis. Nous avions tous une expérience dans les arts martiaux, que ce soit en Judo, Kendo ou Karaté, et dès le premier jour on était projeté sans ménagement. On considérait qu’on apprenait les ukemis en étant projetés.Quand vous chutez on entend aucun bruit, contrairement aux chutes comme celles du Judo qui sont très sonores.
En Judo on nous enseignait à diffuser le choc en chutant ainsi. Mais en Aïkido on ne considère pas que l’on chute sur un tatami. Il faut imaginer que l’on chute sur des pierres. C’est donc pour ne pas se blesser qu’il est important de chuter souplement.
O-senseï faisait régulièrement des démonstrations et on devait parfois chuter sur du gravier. Plutôt que de faire du bruit nous cherchions à privilégier une chute souple. Par contre pour les démonstrations lorsque l’on pratiquait sur des tatamis on faisait volontairement de grandes chutes bruyantes pour impressionner le public. (rires)On insiste généralement sur le travail du tori mais on explique peu celui du uke.
Les ukemis et le travail du uke sont des mouvements qui servent à protéger le corps. Ce sont des choses que l’on doit comprendre seul. Et si l’on devient bon il est alors possible d’appliquer les contre techniques, les kaeshi wazas.Les exercices préparatoires que vous faites ont-ils un lien avec les techniques où ne sont-ils que des mouvements destinés à étirer et échauffer le corps ?
Avant je faisais commencer par Ame no torifune. Ensuite suivaient d’autres éducatifs tels que Ikkyo undo. Ce sont des mouvements que pratiquait Osenseï et qui sont parfaits pour les jeunes. Les enfants les apprécient aussi beaucoup.
Maintenant je suis âgé et je suis plus sensible à mon corps. Je ressens qu’il est bon de faire tel ou tel exercice selon le moment et je varie la préparation. Je le répète souvent mais ce sont des choses que j’ai découvertes avec le temps et qui me procurent un bien-être. Je pratique actuellement une sorte de gymnastique chinoise que je trouve très intéressante. C’est une proposition que je fais aux gens. Chacun doit chercher ce qui lui convient.
On peut faire les exercices dans une optique de santé au départ mais petit à petit cela doit devenir un travail d’introspection sur le corps. Si on prête réellement attention à chaque geste un exercice que l’on croyait pratiquer correctement nous paraît difficile le jour suivant.
Le corps est une chose extraordinaire et il faut apprendre à l’écouter. Lorsque je suis assis ainsi (maître Tamura prend alors une position avachie) je sens que l’énergie ne circule plus correctement. Lorsque je me tiens comme cela je me sens nettement mieux (maître Tamura s’asseoit alors correctement avec un superbe shisei). Un geste juste est lié à une sensation agréable. Nos corps possède en lui la mémoire de la posture juste.
Tout ce qui n’est pas naturel impose des contraintes au corps. Des positions qui peuvent nous paraître confortables superficiellement sont souvent incorrectes et ne permettent pas à l’organisme de fonctionner naturellement. Les positions les plus correctes sont les meilleures pour la santé. Elles n’utilisent aucune force et ne fatiguent pas quelle que soit la durée pendant laquelle on les maintient. Si votre shiseï est juste la respiration se pose et le corps se relâche.
C’est pourquoi l’exercice de kokyu ho est extrêmement important. On y retrouve le même type de recherche que dans le zazen ou le yoga. Les budokas devraient avoir le maintien que possèdent les yogis ou les moines zens.Aujourd’hui la pratique du Iaïdo connaît un essor considérable. Considérez-vous que cela aide à progresser dans la pratique de l’Aïkido ?

Lorsque je suis arrivé en France je faisais travailler avec le bokken, le jo et le tanto. Mais en n’utilisant que le bokken il est difficile de comprendre que cela vient de l’utilisation du sabre. A une époque j’ai alors demandé aux élèves qui présentaient le shodan de connaître quatre katas de Iaïdo.
A l’époque je ne connaissais pas grand-chose et je me suis abîmé les coudes en pratiquant incorrectement. Les écoles que l’on dit traditionnelles telles que Omori ryu, Eïshin ryu etc… pratiquaient-elles comme aujourd’hui dans le passé, c’est difficile à dire.
J’aurai voulu pratiquer l’école de Kuroda senseï et apprendre à dégainer souplement d’un geste fluide et continu. Ne pas juste dégainer le sabre mais apprendre à utiliser le corps dans sa globalité.Les atémis sont-ils importants dans la pratique de l’Aïkido ?Osenseï nous disait « L’Aïkido est irimi et atémi. ». Mais si on dit ce genre de choses les élèves ne travaillent plus qu’irimi et les atémis ! Les gens sont ainsi.
Le travail des atémis signifie que l’on peut toucher sans être touché. Si on effectue la technique de telle manière on risque de prendre un atémi, si on la fait ainsi on a l’opportunité de frapper quand on le désire, c’est cela le véritable esprit de l’atémi.
Un jour un lutteur est venu et a saisi Osenseï par derrière. Osenseï a souri et lui a posé deux doigts sur les yeux en rigolant. Même sans s’entraîner les doigts pénètrent facilement les yeux qui ne peuvent être durcis. C’est en assistant à ce genre de scène que j’ai compris ce qu’Osenseï voulait nous transmettre. Sinon on peut passer à côté et s’entraîner à frapper durement sur un makiwara. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait à l’époque. (rires)Quel est le sens de musubi ?L’Aïki c’est musubi. Ca a aussi le sens de naissance, création. Il y a beaucoup de sens cachés et on ne peut réduire ce mot à un seul concept. C’est aussi le musu que l’on retrouve dans takemusu.
C’est parce qu’il y a une union que quelque chose apparaît. C’est parce que l’homme et la femme s’unissent que l’enfant naît, que quelque chose de nouveau est créé. Si l’on se considère différent, unique, étranger, rien ne peut naître. C’est aussi cela qu’Osenseï voulait enseigner.
Il disait : « Ame no ukihashi ni tatete », se tenir sur le pont flottant du paradis. A l’époque on se demandait ce qu’il voulait dire. (rires) Aujourd’hui je comprends mieux ce qu’il voulait dire. Il y a un pont entre le ciel et la terre que l’on traverse et où nous devenons le lien.
Le Budo est une voie de purification. C’est le misogi haraï. Ce n’est pas une voie de destruction de l’adversaire. C’est une voie qui est au-delà de la victoire et la défaite. C’est ce qu’il essayait de nous transmettre ainsi que l’idée de musubi.
La mère qui protège son enfant est la véritable signification de bu et a le même sens que le aï de Aïkido. C’est le contraire absolu de la recherche de la destruction de l’autre. Evidemment pour nous c’était incompréhensible. C’est encore une fois l’assemblée d’enfants de maternelle qui ne peut saisir le discours d’universitaires. (rires)On parle de l’école Mutekatsu de l’ancien temps que pratiquaient les grands experts qui permettait de vaincre les mains vides.
Avec les autres uchi-deshis nous nous disions toujours que pour se battre muteki, sans armes, il fallait un niveau extraordinaire. Pour Osensei muteki signifie qu’on n’a pas d’armes et qu’on est tous semblables. La même expression revêt en fait une signification totalement différente. Sans armes et dans un esprit de fraternité le combat n’apparaît pas et il n’y a ni vainqueur ni vaincu. Nous recevions un enseignement extraordinaire mais étions aveugles. Et nous avons fait supporter le poids de notre ignorance à nos élèves ! (rires)Aujourd’hui il existe de nombreuses formes d’Aïkido. Est-ce une bonne chose ? Osenseï doit-il rester la référence ?L’Aïkido est la création d’Osenseï ! Les Shin Aïkido (nouvel Aïkido), Tamura ryu (école Tamura) ou autre n’ont pas lieu d’être. L’Aïkido c’est l’Aïkido. Le travail consiste à trouver comment faire pour arriver au niveau de pratique d’Osenseï.
La même tasse à thé vue de côté, par au-dessus ou en dessous à une forme totalement différente. Aujourd’hui, chacun persuadé d’être dans le vrai s’oppose aux autres à cause d’une vision partielle et va ainsi à l’encontre de l’enseignement de Osenseï. Il faut ouvrir son cœur et voir que telle ou telle vision des choses peut aussi être intéressante. Il ne faut pas être enfermé dans ses certitudes. Même si les fondamentaux doivent toujours être respectés.O-senseï considérait-il que l’Aïkido était lié à d’autres voies traditionnelles ?Il n’en parlait pas de manière explicite mais il faisait souvent de la calligraphie. Au début je me suis souvent dit que ce n’était vraiment pas terrible et qu’on aurait dit des caractères d’enfants. Mais un jour un maître très célèbre de calligraphie a vu son travail et s’est exclamé « C’est extraordinaire, qui a écrit cela ? ». Et plus tard son écriture est devenue encore plus intéressante.
Sa calligraphie était très appréciée. On peut voir dans la calligraphie le cœur de celui qui écrit. Un véritable maître se reconnaît donc quel que soit le domaine où il s’exprime. Si ce n’est pas le cas c’est un imposteur. (rires)
Sans aller aussi loin il me semble qu’un maître se révèle dans les voies qu’il a choisies.Une des origines de l’Aïkido est le Daïto ryu. Comment O-senseï a-t-il fait évoluer sa pratique ?
Au départ Osenseï enseignait exactement le Daïto ryu. Puis petit à petit sa pratique a évoluée au fur et à mesure que se précisait sa conception de la vie, surtout influencée par ses convictions religieuses. Ces changements n’ont pas eu lieu d’un coup, ils ont été graduels et n’étaient parfois pas même visibles de l’extérieur.
Son Ikkyo qui pouvait sembler identique vu de l’extérieur était sous-tendu par une intention différente.

Avez-vous pratiqué d’autres arts martiaux avant l’Aïkido ?
J’ai commencé le Kendo au collège avec un ami de mon père qui était aussi enseignant de cette discipline ainsi que le Judo.Pourquoi et comment avez-vous commencé l’Aïkido ?

J’avais entendu parler de l’Aïkido et je voulais essayer cette discipline parce que je n’étais pas très fort en Judo et je me faisais souvent malmener. J’ai alors voulu pratiquer ce Budo qu’on disait extraordinaire pour vaincre tout le monde ! (rires)Comment se passait une de vos journées à l’époque ?

Il y avait l’entraînement du matin à 6h30. Comme on dormait dans le dojo il fallait se lever rapidement pour ranger les futons puis faire le ménage. Il nous arrivait d’être endormis et d’être réveillés par les premiers élèves. Après il y avait l’entraînement de 8h à 9h. Ensuite on prenait le petit déjeuner. La journée nous travaillions et le soir on recommençait les entraînements. Et petit à petit le nombre de cours a augmenté. J’accompagnais aussi souvent Osenseï dans ses voyages.Comment O-senseï était-il en voyage ?Lorsqu’on prenait le train par exemple on devait acheter les tickets. Il fallait évidemment faire la queue. Mais Osenseï partait sans attendre. Et on avait bien sûr les bagages. Il y avait des portillons mais personne n’arrêtait un grand-père qui marchait l’air de rien. Je paniquais et il était difficile de le voir parce qu’il était petit. Finalement je le retrouvait tant bien que mal et on prenait le train.
A Tokyo il fallait que les uchi-deshis viennent le chercher à son retour. On ne pouvait évidemment pas savoir dans quel wagon il était. On savait juste dans quel train il serait. On attendait à l’entrée en gare et on regardait pour essayer de l’apercevoir. Et souvent le temps qu’on le trouve il était parti en taxi et on se faisait sermonner à notre arrivée ! Tout nous servait d’entraînement.Osenseï décidait aussi les choses subitement. Un jour il me demande d’aller chercher un taxi. Nous nous dirigeons alors vers Shibuya car il veut aller dans un établissement religieux appelé le Korindo. Le taxi ne savait évidemment pas où cela se trouvait et Osenseï s’est mis en colère. Finalement il reconnut le chemin et nous avons pu y arriver. Ce jour-là j’ai compris que je devais m’informer de l’endroit où nous nous rendions et du chemin pour y arriver. C’était une bonne leçon.Quand vous étiez uchi deshi où séjournait généralement O-senseï ?
Il était partout ! Il passait une semaine ici puis une autre là. Quand vous pensiez qu’il était à Tokyo il était déjà parti à Osaka. Quand vous croyiez qu’il était dans le Kansaï il était à Iwama. Et quand vous pensiez qu’il était à Iwama un coup de fil vous demandait d’aller le chercher à la gare ! Il allait aussi souvent à Kyushu chez Hikitsuchi Michio.
Il avait sans doute hérité ce trait de Takeda Sokaku, enseignant une semaine ici puis partant ailleurs. Il n’était pas du genre à rester en place.Vous n’avez pas eu de moments difficiles à cette époque ?
A vingt ans rien ne paraît difficile. On n’avait pas d’argent alors on allait chez le marchand de légumes et on récupérait les feuilles de radis qui étaient coupées lors de la vente et qui étaient normalement jetées. Les vendeuses nous donnaient quelques produits à l’occasion.
Je leur disais : « Cette banane à l’air pourrie, ça m’étonnerait que vous puissiez la vendre ! » Et elle me disait « C’est vrai on a pas le choix, t’as qu’à la prendre ! »
Il y avait des magasins qui ont disparus à Ameyoko à Ueno. Il y avait un marchand de gâteaux où travaillaient beaucoup de jeunes filles. Après le réveillon les gâteaux de Noël se vendent mal et on venait en récupérer aussi. C’était ce genre d’époque.Au Kuwamori dojo on m’a dit que vous enseigniez à des 5ème dans alors que vous n’étiez pas encore 1er dan ?Oui c’est vrai. On était uchi-deshis mais on ne savait pas grand-chose ! On nous envoyait enseigner ici et là. On m’avait aussi envoyé enseigner à l’armée. J’y avais rencontré Sasaki senseï. C’est vraiment quelqu’un d’extraordinaire.
Par la suite il a ouvert une école d’espionnage mais a dû la fermer lorsque l’histoire a été rendue publique par le Time. Lorsque j’ai quitté le Japon je lui ai demandé de me remplacer pour un an à l’Aïkikaï. Ca a duré plus de quarante ans ! (rires)On raconte qu’Osenseï n’enseignait les kaeshi wazas qu’aux uchi-deshis ?

Ce n’est pas tant cela que nous étions les seuls suffisamment entraînés pour arriver à voir ce qu’il faisait.Y avait-il encore des dojo yaburi ? (défis)
Il y en avait eu dans le passé mais il n’y en avait plus réellement. Mais il y a eu une histoire assez intéressante :
Haga senseï était un jeune shihan de Kendo et de Iaïdo célèbre. C’ était un maître exceptionnel. Au Japon lorsqu’un musée achète une lame il s’assure qu’il s’agit d’un sabre de qualité authentique et l’on demande aussi à des experts de le tester en coupe. Si on confie cette tâche à un mauvais pratiquant le sabre peut-être irrémédiablement abîmé. Haga senseï était chargé de ce genre de travail.
C’était aussi quelqu’un d’extrême. Lors de discussions sur les arts martiaux quand une personne s’emballait sous l’emprise de l’alcool il lui proposait souvent d’appuyer ses dires avec un sabre véritable !
Il est venu un jour en ayant entendu parler du dojo. Il n’a pas vu Osenseï à l’entraînement mais on l’a invité poliment à dîner. Il a alors pensé que ce n’était pas un dojo sérieux. Il est venu régulièrement manger dès que l’argent lui manquait pendant près d’un an.
Un jour il a été muté en Corée et est venu nous dire au revoir. Osenseï l’a alors invité au Dojo. Il lui a donné un bokken et lui a dit : « Je marche simplement dans le dojo, frappe quand tu le veux. »
Haga senseï me dit plus tard : « Tamura, il n’y avait aucune ouverture et je n’ai pas pu le frapper ! J’ai été vaincu. Etre vaincu de telle manière et dire que je n’ai pas profité de cette année pour recevoir un enseignement ! »J’ai entendu dire que vous vous entraîniez au shuriken à l’époque ?

Oui on jouait tous avec ça. On s’amusait aussi à porter des getas en fer et des ipponba getas pour marcher dans Shinjuku. Il y avait Yamada, Kanaï, Chiba, Noro, Sugano, Saotome…J’ai lu une certaine histoire à propos du doshu actuel qui aurait été pris pour cible…
Ah oui, c’était Noro ! (rires)
Il était très bon. Il pouvait lancer précisément et de loin. Je n’étais pas au courant mais un jour il a demandé au Doshu qui était à l’époque un petit garçon de servir de cible. Il lançait des shurikens tout autour de lui mais finalement il lui en a planté un dans la jambe ! Moriteru s’est alors mis à pleurer mais Noro lui a demandé de ne rien dire et il a promis qu’il allait lui acheter une grosse plaquette de chocolat en échange. Il avait mal mais le soir en rentrant il a dit qu’il était tombé. Mais après trois jours Noro n’avait toujours pas tenu sa promesse alors Moriteru l’a dénoncé en le traitant de menteur. (rires)
40 ans plus tard Noro senseï lui a offert un énorme tas de chocolats !Récemment Yamada senseï a écrit que vous aviez refusé le 9ème dan. Quelle en est la raison ?

O-senseï nous avait dit que l’Aïkido c’était jusqu’au 8ème dan. Que le 8 était la fin d’un cycle qui nous ramenait au départ. Le 8 au Japon a un sens positif, son idéogramme a une forme d’ouverture. Après lui on revient au départ. C’est ce qu’il nous avait dit. Et c’est ce que j’ai expliqué à mon tour. On m’a ensuite proposé le 9ème dan du Japon. Ca m’a mis dans une positions inconfortable. (rires)
Je leur ai demandé de ne me le donner qu’à titre posthume. Malheureusement je les ai ainsi mis dans une position inconfortable à mon tour. Maintenant ils doivent faire patienter les pratiquants qui sont plus jeunes que moi et qui seraient sans doute heureux de devenir 9ème dan. Ils doivent se dire : « Pourquoi Tamura sempaï n’accepte-t-il pas ? »
Ce n’est évidemment pas un problème par rapport au Doshu. C’est juste qu’il m’est difficile de dire à mes élèves que ce genre de choses à changé maintenant qu’on m’offre le 9ème dan ! (rires)
Le Doshu est embêté et j’en suis vraiment gêné. Je voudrais vraiment qu’ils oublient cette affaire.Que souhaitez-vous pour vos élèves ?

L’Aïkido est une voie qui permet de se découvrir soi-même et de se construire en tant qu’être humain afin de vivre une vie pleine et heureuse. Les élèves sont comme mes enfants. J’espère qu’ils soient en bonne santé et vivent heureux. Qu’ils trouvent le chemin du bonheur et puissent se retourner sur leur vie au moment de mourir en se disant que ça a valu la peine. C’est ce à quoi je voudrais que les gens arrivent par la pratique de l’Aïkido.Merci senseï.


Note
La totalité de cet entretien a été réalisée en japonais. Toute approximation, incompréhension ou erreur de traduction m’est imputable et je prie par avance le lecteur de m’en excuser.

Léo Tamaki


Biographie

Tamura Nobuyoshi naît le 2 mars 1933 à Osaka. Son père est professeur de Kendo. En 1953 il devient uchi-deshi de maître Ueshiba.
A l’époque maître Ueshiba est à l’apogée de sa renommée. Il partage son temps entre l’Aïkikaï, Iwama et de nombreux voyages. Ses premiers élèves tels que Shioda ou Mochizuki sont déjà établis et ont leurs propres dojos, Toheï est aux Etats-Unis. A Tokyo et Iwama de jeunes pratiquants enthousiastes dépensent toute leur énergie à forger leur technique. Ils ont pour nom Chiba, Saïto, Yamada, Saotome, Kanaï, Sugano ou Nishio.
Tamura Nobuyoshi passera 11 ans au côté de maître Ueshiba et sera l’un de ses plus proches disciples. Il l’accompagnera dans la majorité de ses déplacements et sera son partenaire privilégié en démonstration comme en attestent les nombreux films et vidéos de l’époque.
Aujourd’hui Tamura senseï est reconnu comme l’un des plus grands experts d’Aïkido et il compte des dizaines de milliers d’élèves aux quatre coins du globe. A l’âge où beaucoup profitent d’une retraite paisible il continue inlassablement à parcourir le monde pour enseigner l’art que lui a transmis Moriheï Ueshiba.Stages nationaux et internationaux
Maître Tamura enseigne dans le monde entier. En France il donne un stage tous les mois de la saison sportive en alternant les régions. L’Ile de France est la seule ligue où un stage annuel est maintenu depuis plus de dix ans au mois de mai. Réunissant environ huit cent participants venus de toute l’Europe il s’agit du stage fédéral le plus important.
Durant l’été Tamura senseï donne depuis trente ans trois stages internationaux d’une semaine qui réunissent des centaines de pratiquants du monde entier :
-Lesneven du 8 au 15 juillet
-Saint Mandrier du 28 juillet au 4 août
-La Colle sur Loup du 19 au 26 aoûtPublications
Maître Tamura a publié trois ouvrages. Les deux premiers, « Méthode nationale d’Aïkido » et « Aïkido » sont des ouvrages techniques. Aujourd’hui épuisés ils sont considérés comme des pièces de collection.
Le troisième « Etiquette et transmission » est un magnifique ouvrage sur l’esprit et le cœur de l’Aïkido. Il est disponible auprès de la ligue Ile de France de la FFAB.Photos
Toutes les photos de cet article ont été prises par Christoph Stoebich et Bruno Germain.
Christoph et Bruno sont deux élèves avancés de maître Tamura. Enseignants d’Aïkido et passionnés de photo ils ont constaté à quel point les images de qualité de Tamura senseï étaient rares. Confrontés à un cruel dilemme ils sacrifient régulièrement quelques cours lors de stages afin de capturer des instants magiques.
Vous pouvez admirer d’autres exemples de leur travail sur leurs sites internet :
Christoph Stoebich
Bruno Germain